mercredi 1 juillet 2015

Interview de Denis Labbé





1/ Peux-tu me parler un peu de toi ?

« Ce serait un chapitre à durer jusque au soir. » Ma personne n’est pas intéressante. Je préfère évoquer mes textes. Simplement, ce qui pourrait éclairer les lecteurs, c’est sans doute le fait que je sois enseignant depuis trente ans, que j’aime la nature, la lecture, les arts en général, les jeux vidéos et la musique métal. Tout ce qui influence mes créations.


2/ Comment devient-on écrivain ?

Je ne crois pas que l’on devienne écrivain au sens où les gens l’entendent. Le désir d’écrire m’est venu assez rapidement, puisque je me souviens de petits textes que je griffonnais déjà en cours moyen. Mais le vrai déclic est arrivé en 1979, suite à un déménagement. Je me suis mis à écrire des poèmes. Toute mon adolescence s’est déroulée devant des pages blanches que je remplissais consciencieusement chaque jour. Je possède un carton entier de cahiers et de brouillons. Ensuite, je suis passé à la nouvelle, dont les premières ont été publiées en 1994 grâce à Marc Bailly dans la revue Phénix.




3/ Qui t’as donné le goût de la lecture et de l’écriture  ?

Je ne sais pas comment répondre à cette question. Je me souviens d’une de mes premières leçon de lecture : « Le vent souffle, l’arbre se penche. » C’est assez étrange, non ? Dès que j’ai appris à lire, je me suis plongé dans des livres. Ma mère lit beaucoup et j’ai toujours vu des livres chez mes parents. Ils nous en achetaient aussi pas mal lorsque nous étions petits, mon frère et moi : des collections Disney, des « bibliothèque verte » (dont je puisais aussi des volumes chez mes grands-parents), des « bibliothèque rouge », des récits de chevaliers, d’indiens... J’ai découvert des classiques aussi : Dumas, Jules Verne... A l’adolescence, j’ai pillé les rayonnages de mes parents.



4/ Quel est ton auteur préféré ?

Impossible de répondre au singulier. J’aime autant la littérature fantastique : Poe, Lovecraft, Gautier, Seignolle, Schwob... que les classiques : Montesquieu, Chateaubriand, Baudelaire, Stevenson, Beaumarchais, les Surréalistes ou l’excellent Jack London à qui je voue une admiration sans bornes... que des auteurs plus contemporains comme Cormac McCarthy, Philip K. Dick, Claude Seignolle, Pynchon, Jasper Fforde, Graham Joyce, John Scalzi ou le génial Murakami Haruki. Je puise aussi parmi mes amis auteurs comme Alain Delbe qui possède une plume rarissime, Nathalie Dau dont j’aime la poésie, Léa Silhol qui a un univers très personnel ou encore Mélanie Fazi et Cécile Guillot. Mais je possède un bureau garni de plusieurs milliers de livres, alors c’est une question très difficile parce que j’ai dû oublier des centaines d’écrivains...



5/ Quel est ton dernier livre lu ?

Depuis trois ans, je suis en période d’écriture intense, ce qui signifie que je ne lis quasiment que de la documentation pour mes romans et mes nouvelles : Archéologia, des ouvrages historiques, des thèses, des guides, des encyclopédies... En littérature, j’ai lu et apprécié The Pink Tea Time Club de Cécile Guillot que j’ai beaucoup aimé. Evidemment, c’est très « girly », plein de rose, de relations entre filles sur fond d’enquêtes paranormales, mais j’ai vraiment passé un bon moment. Autrement, comme j’ai travaillé chez un éditeur, je peux évoquer Palace Athéna de Jonas Lenn ou encore un ouvrage à paraître d’Emmanuelle Nuncq, mais je n’ai pas encore le droit d’en parler. Mais le roman est excellent.



6/ Depuis combien de temps écris-tu ?

Ouh là ! Depuis plus trente-cinq ans...



7/Comment t’es venue l’idée d’écrire Les Errants ?

Un soir, alors que je zappais à la recherche d’un programme intéressant, je suis tombé sur le deuxième épisode de Walking Dead dans lequel un homme se retrouve coincé dans un char d’assaut entouré de zombies. J’ai eu un choc. Pour comprendre ce que je veux dire, il faut que j’explique que j’ai toujours eu peur des zombies et que les films de Romero que j’ai vus plusieurs fois m’ont toujours effrayé. Mais je les regarde quand même... Ce qui m’a enthousiasmé, ce sont les relations entre les personnages. Aussitôt un semblant d’intrigue a germé. Comme je suis professeur, ce sont les relations entre les adolescents qui m’ont attiré. Comment des jeunes pourraient réagir à une telle épidémie ? Ensuite, j’ai placé l’intrigue dans les Vosges, une région que je connais bien, et plus précisément au camp de travail du Naztweiler-Struthof qui était le seul camp de ce type en France et que j’ai visité étant jeune. Pour faire naître l’épidémie, quoi de mieux qu’une expérience nazie qui refait surface ? Et voilà. Après des heures de recherches, de discussions avec des professeurs, la série Les Marcheurs est née. J’en ai écrit deux tomes avant que Cécile Guillot ne me dise que les Editions du Chat Noir qu’elle dirige avec Mathieu Guibé cherchaient des romans « young adult ». J’ai réfléchi deux minutes et je lui ai proposé de faire un « spin-off » et Les Errants sont apparus, racontés non pas par un professeur, mais par une adolescente.


8/ Combien d’épisodes d’Errances vont être publiés ?

Le feuilleton Errances est la suite des Errants en version numérique et reprend l’un des survivants. Comme les deux séries papier, c’est un Walking Dead à la française, c’est-à-dire sans supermarchés bourrés d’armes, ni de milices ou de chars d’assaut. Il se déroule six mois après le début des faits et devrait durer... Je ne sais pas. J’en ai prévu douze, Nathy en a annoncé huit et j’en ai déjà finalisé quatre. On verra si cela intéresse des lecteurs. Comme la trilogie des Errants se termine cette année, je pense que des lecteurs se tourneront vers Errances après avoir lu le troisième tome.



9/ Qu’est-ce qui a été le plus dur à l’élaboration du roman ? (les idées, les illustrations)

Rien n’est jamais difficile et tout l’est. Tout d’abord, je ne m’occupe pas des illustrations. Je laisse ça à des professionnels. Pour Les Errants, j’ai quelques discussions avec Mathieu Guibé qui les soumet ensuite à l’illustrateur, Jérémie Fleury. En ce qui concerne mon recueil Intervalles (Lune Ecarlate), j’ai choisi un tableau de Gilles Grimoin qui avait déjà peint celui de Marelle d’Ombres (mon premier recueil) et que j’ai soumis à Nathy. Cette dernière l’a accepté et s’est chargée de la mise en page. Pour Errances, j’ai discuté avec Nathy afin de lui expliquer que je voulais quelque chose de sobre et d’inquiétant. Elle a élaboré deux couvertures, j’en ai choisi une. Et voilà.
En ce qui concerne l’écriture, j’ai posé une grande partie de l’intrigue en surveillant le bac. Mes idées viennent souvent à ce moment-là et je les griffonne sur une feuille. Cela me prend quelques secondes toutes les dix minutes, ou quelque chose dans le genre. Ensuite, je rassemble mes notes chez moi et j’essaie de mettre tout ça en ordre.



10/ Quelles ont été tes sources d’inspirations ? (une musique, un film, un auteur …)

Tout m’inspire. Pour les Errants, j’en ai suffisamment parlé. Mais je peux ajouter que j’écris toujours en écoutant de la musique, ce qui se voit d’ailleurs dans ces séries puisqu’un extrait de chanson est cité en exergue de chaque chapitre. Plusieurs personnages m’ont été inspirés par mes élèves ou mes collègues. Je puise beaucoup dans mes expériences. Pour mes nouvelles, ce peut être un tableau, un film, une publicité, la lecture d’un article dans un magazine... Dans chacun de mes quatre recueils de nouvelles, j’explique comment m’est venue l’idée de chaque nouvelle, je crois que cela peut éclairer les lecteurs.


11/ Est-ce que le mythe de la page blanche existe-t-il vraiment ?

Je ne sais pas. Lorsque je n’ai pas envie d’écrire, je fais autre chose : je prends un livre, je vais jouer à Star Wars The Old Republic, je regarde la télévision, je joue avec mes chats ou je sors me promener avec ma femme. Si je suis bloqué sur un texte, je passe à un autre. J’ai toujours des dizaines de projets en cours. Parfois, une nouvelle me prend des semaines, des mois, voire des années, parce que je n’en suis pas content. Je recommence, je rature, j’efface, je reprends tout. Mais si ça ne va pas, un texte peut rester des années en sommeil et revenir à la lumière ou disparaître.


12/ Combien de temps faut-il pour écrire un roman de ce style ?

Je ne préfère pas le dire... Ceux qui me suivent sur ma page Facebook le savent puisque je les tiens informés de l’écriture de chaque chapitre au jour le jour. Disons que le premier jet prend trois semaines pour vingt-cinq chapitres de 25 000 signes environs. Ensuite, viennent les corrections et les relectures. J’écris beaucoup durant les grandes vacances.


13/ Peux-tu nous dévoiler un petit extrait de ton livre ?

Impossible pour Les Errants, je suis sous contrat. Pour Errances, et puisque c’est chez Lune Ecarlate, voici un petit extrait de l’épisode un : « La panique qui se lisait dans ses gémissements n’augurait rien de bon. Si je ne connaissais pas la région, nous y avions déjà croisé tant de hordes vivantes ou mortes que je n’avais pas besoin de les voir pour imaginer ce qui pouvait menacer la jeune femme dont nous percevions les plaintes depuis une poignée de minutes. »



14/ As-tu un projet en cours ? peux tu nous en parler ?

J’en ai plusieurs. Tout d’abord la fin du feuilleton Errances. Je compose aussi un recueil de nouvelles gothiques, très dix-neuvième siècle. J’ai déjà écrit sept nouvelles et trois ou quatre autres sont en cours. Je prépare aussi un nouveau roman « young adult » dont je pose les bases et qui devrait étonner les lecteurs puisqu’il n’y a ni zombies, ni éléments horrifiques. Le personnage principal est en cours de construction... Je ne peux pas en dire plus. Seuls quelques amis et de la famille sont au courant. Je voudrais aussi terminer un roman de science-fiction commencé il y a deux ans et que j’ai abandonné. Autrement, je prépare la sortie des Marcheurs, je revois ma trilogie de fantasy Wolveric et je me documente pour un roman de sorcellerie prévu en 2017. Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.



15 /Un petit mot pour tes lecteurs ou futurs lecteurs ?

Je suis toujours à l’écoute des lecteurs. Je reçois leurs critiques et leurs encouragements. Mes pages Facebook sont là pour ça. Je ne vais pas toujours dans leur sens pour ce qui pourrait arriver à mes personnages, mais j’aime discuter avec eux. De temps en temps, je fais gagner des cadeaux sur mes pages : des livres ou des nouvelles inédites.




16/ Quel est ton prochain salon ?


Aucune idée. Là, j’en ai fini jusqu’en septembre-octobre. Je sais qu’il va y avoir le Valjoly’maginaire les 24 et 25 octobre, la fête du livre jeunesse de Maubeuge, un salon à Mons, Paris Fantastique en février 2016, le Salon du livre de Bruxelles et celui de Paris... J’attends les propositions de mes éditeurs. Je devrais aussi faire quelques Cultura à Lille et Saint-Quentin notamment. Tout cela va se décider durant les vacances. 






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